SOMMES-NOUS GAUCHERS OU DROITIERS DES MÂCHOIRES ?

Tout comme les mains, les pieds, les yeux, sommes-nous aussi gauchers ou droitiers des mâchoires ?

La réponse est : OUI

Il y a en effet plusieurs études cliniques qui ont été faites pour démontrer l’existence de la latéralité hémisphérique pendant la mastication.

La première étude porte sur 189 sujets et a révélé que le côté préférentiel était à droite pour 78,3% des sujets, et ces sujets étaient droitiers. La préférence latérale a été constatée sur ces 189 sujets avec leurs différentes dentitions. En effet, quelles que soient les dentitions et pathologies dentaires, qu’il y ait des prothèses, implants, dentition complète ou patients édentés, ces anomalies, voire handicaps n’ont pas affecté la préférence latérale de mastication.

J. Nissan et al.  Journal of Oral Rehabilitation, 2004.

Une deuxième étude sur 15 droitiers a été faite avec la technique BOLD -fMRI (IRM fonctionnelle + évaluation du niveau d’oxygénation du sang), afin d’identifier les zones du cerveau (cortex) en relation avec le côté préférentiel de mastication. Depuis les années 1980, l’utilisation de l’IRM cérébrale permet de localiser dans le cerveau les zones en rapport avec une activité de n’importe quelle partie du corps.

Sur 10 sujets qui avaient un côté préférentiel avéré de mastication, le signal du cortex sensorimoteur primaire (à droite dans cette étude chez des droitiers) était plus important par rapport à celui du côté opposé de la mastication.

Par cette activité du cortex cérébral, il est à nouveau montré que la dominance droite ou gauche de mastication est bien en rapport avec la préférence hémisphérique de l’individu droitier ou gaucher.

Shinagawa H et al. Maxillofacial Orthognathics, Graduate School, Tokyo Medical and Dental University, 2004

La troisième étude, qui a fait l’objet d’une thèse, a porté sur 50 sujets que l’on a obligés à mastiquer d’un seul côté. La posture mais aussi les représentations spatiales ont été étudiées. Malgré les perturbations réelles observées sur la posture, l’étude a montré que l’organisme des sujets a été capable de compensations.

 Habas et al. Effets d’une mastication unilatérale forcée sur la posture et les représentations spatiales, 2004.

Ces études ont bien marqué que le côté préférentiel de mastication est bien en rapport avec le fait d’être gaucher ou droitier. Mais cela ne signifie pas que nous ne mâchons que d’un seul côté, bien au contraire.

Lors de la mastication, le bol alimentaire va être « promené  » dans la cavité buccale de droite à gauche. Le côté où se trouvent les aliments qui vont être mâchés est le côté triturant (travaillant) et l’autre non triturant. Le côté préférentiel est celui qui assure le plus grand nombre de contacts occlusaux pendant la mastication.

La mastication « normale », dite physiologique, se fait en alternant côté travaillant et côté non travaillant, à droite comme à gauche. Du fait des sollicitations des deux côtés, la mastication physiologique unilatérale alternée permet une croissance et un développement des structures de façon harmonieuse et symétrique. Cela commence dès le début de l’ajout d’aliments solides chez l’enfant.

Toute mastication ne se faisant pas de manière alternée est alors un dysfonctionnement masticatoire : mastication unilatérale stricte ou dominante. Le patient qui mastique préférentiellement ou uniquement d’un seul côté risque l’apparition de pathologies : asymétrie musculaire, morphologique, douleurs et troubles du système articulaire, de limitation des mouvements de la mâchoire. La mastication unilatérale dominante va aussi entraîner un développement pathologique risquant de conduire à l’apparition de malocclusion dentaire (défaut d’alignement ou d’emboîtement des dents).

Afin de corriger cette dysfonction masticatoire, le patient va devoir retrouver sa mastication physiologique. Une rééducation va se faire en travaillant le côté opposé qui ne mastiquait pas, afin de retrouver un équilibre des ATM, des muscles et une mastication physiologique efficace et naturelle.

Thèse : Marion Royannez. Mastication et ODF. Chirurgie. 2018

Tout en ayant un côté préférentiel de mastication, en étant gaucher ou droitier, la mastication se fait naturellement des deux côtés.

Ainsi, lors d’un bilan orthodontique, l’examen de la mastication physiologique serait une étape capitale. Lors de son étude, il faudrait donc envisager d’ajouter au dossier du patient son côté préférentiel de mastication.

Et s’il n’y a jamais prêté attention, lui demander simplement : « Etes-vous gaucher ou droitier ? »

Pour en savoir plus:

Chewing side preference as a type of hemispheric laterality
J. Nissan, M. D. Gross, A. Shifman, L. Tzadok, D. Assif, Journal of Oral Rehabilitation, Volume 31, Issue 5, Page 412-416, May 2004

Commentaires accessibles sur : https://www.dentisfuturis.com/mastication-et-latralisation-hmisphrique/

Hemispheric dominance of tongue control depends on the chewing-side preference. Shinagawa H, Ono T, Ishiwata Y, Honda E, Sasaki T, Taira M, Iriki A, Kuroda T. Maxillofacial Orthognathics, Graduate School, Tokyo Medical and Dental University, Japan. 2004 [email protected]

Commentaires accessibles sur : https://www.dentisfuturis.com/une-mastication-prfrentielle-provoque-une-activation-corticale-controlatrale/

 Habas F, Honoré J, Nappée FJ, Sequeira H, Doual A. Effets d’une mastication unilatérale forcée sur la posture et les représentations spatiales. Orthod Fr 2004 Dec;75(4):359-359 et Communication affichée aux Journées de l’Orthodontie de la FFO. Paris, 2002. 1er Prix SFODF

Thèse : Marion Royannez. Mastication et ODF. Chirurgie. 2018. ffdumas-01870348f https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01870348/document